{"id":225,"date":"2023-02-04T10:54:39","date_gmt":"2023-02-04T09:54:39","guid":{"rendered":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/?p=225"},"modified":"2023-02-04T10:54:39","modified_gmt":"2023-02-04T09:54:39","slug":"jeanne-humbert-par-francis-ronsin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/?p=225","title":{"rendered":"\u00ab Jeanne Humbert \u00bb, par Francis Ronsin"},"content":{"rendered":"<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\"><em>(Extrait de Christine Bard (dir.) et Sylvie Chaperon (coll.), Dictionnaire des f\u00e9ministes. France XVIIIe \u2013 XXIe si\u00e8cles, PUF, 2017)<\/em><\/span><\/p>\n<h3 class=\"western\" lang=\"zxx\" style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\">HUMBERT JEANNE [Jeanne RIGAUDIN]. N\u00e9e le 24 janvier 1890 \u00e0 Romans-sur-Is\u00e8re (Dr\u00f4me), d\u00e9c\u00e9d\u00e9e le 1er ao\u00fbt 1986 \u00e0 Paris.<\/span><\/h3>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Jeanne Rigaudin a onze\u00a0ans lorsque sa m\u00e8re abandonne sa famille, son mari et ses autres enfants et l\u2019emm\u00e8ne \u00e0 Tours o\u00f9 elle rejoint un militant anarchiste. D\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, Jeanne est ainsi plong\u00e9e dans le monde des combats libertaires. En\u00a01909, Eug\u00e8ne Humbert \u2013\u00a0anarchiste depuis sa jeunesse et qui avait rejoint Paul Robin dans le combat n\u00e9o-malthusien pour la limitation volontaire des naissances\u00a0\u2013 lui demande de l\u2019aide. Il vient de se brouiller avec Paul Robin et se lance dans la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau mouvement et d\u2019un nouveau journal\u00a0: <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente<\/i>. Jeanne, avec une poign\u00e9e de militants, engage toutes ses forces dans de multiples t\u00e2ches\u00a0: exp\u00e9dition du journal, des brochures et des pr\u00e9servatifs, organisation de conf\u00e9rences et de meetings\u2026 Vient l\u2019heure o\u00f9 Humbert propose \u00e0 Jeanne de partager sa vie.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\"><!--more--><\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\"><a style=\"color: #000000\" name=\"more-2411\"><\/a>Cependant, les ennemis des n\u00e9o-malthusiens se regroupent alors en associations et se d\u00e9cha\u00eenent. Certains, plus ou moins li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9glise catholique, le font au nom de la morale. D\u2019autres associent vigueur de la d\u00e9mographie et puissance nationale, en particulier militaire dans la perspective de la \u00ab\u00a0revanche\u00a0\u00bb contre l\u2019Allemagne. Les proc\u00e8s se succ\u00e8dent. Eug\u00e8ne Humbert est condamn\u00e9 \u00e0 trois mois de prison \u2013\u00a0sur plainte du pr\u00e9sident de la section locale de la Ligue contre la licence des rues, un pasteur\u00a0\u2013 pour avoir pr\u00e9sent\u00e9, lors d\u2019une conf\u00e9rence, les diverses m\u00e9thodes contraceptives. Puis \u00e0 six\u00a0mois pour des articles publi\u00e9s dans <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente<\/i>.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00c0 la veille de la guerre, Eug\u00e8ne Humbert se r\u00e9fugie \u00e0 Barcelone o\u00f9 il \u00e9volue dans le milieu cosmopolite des anarchistes et autres r\u00e9fractaires \u00e0 la mobilisation. Jeanne l\u2019y rejoint en septembre\u00a01914. Elle revient \u00e0 Paris pour quelques mois, puis regagne l\u2019Espagne un b\u00e9b\u00e9 dans les bras\u00a0: leur petite Lucette. En juin\u00a01919, c\u2019est le retour en France. L\u2019ann\u00e9e suivante est vot\u00e9e la c\u00e9l\u00e8bre loi de\u00a01920. Les pr\u00e9servatifs f\u00e9minins sont interdits \u00e0 la vente. Les pr\u00e9servatifs masculins demeurent autoris\u00e9s pour lutter contre les maladies v\u00e9n\u00e9riennes. Mais sont prohib\u00e9s tout expos\u00e9 des m\u00e9thodes contraceptives et les appels \u00e0 la prudence procr\u00e9ative. En mai\u00a01921, Eug\u00e8ne Humbert est condamn\u00e9 \u00e0 cinq\u00a0ans de prison pour d\u00e9sertion. Quelques mois plus tard, Eug\u00e8ne et Jeanne sont frapp\u00e9s de deux\u00a0ans d\u2019internement chacun pour leurs activit\u00e9s antinatalistes. Jeanne d\u00e9couvre le monde des prostitu\u00e9es de Saint-Lazare, puis Fresnes, \u00ab\u00a0prison mod\u00e8le\u00a0\u00bb, o\u00f9, en dehors de leur cellule, les d\u00e9tenues n\u2019ont pas le droit de parler et doivent garder la t\u00eate envelopp\u00e9e dans une cagoule. Jeanne est, peu apr\u00e8s, conduite \u00e0 Orl\u00e9ans o\u00f9 elle est inculp\u00e9e de \u00ab\u00a0complicit\u00e9 d\u2019avortement\u00a0\u00bb\u00a0: elle avait fourni les objets n\u00e9cessaires \u00e0 une interruption de grossesse \u00e0 un ancien abonn\u00e9 de <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente<\/i>.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Lorsque Jeanne et Eug\u00e8ne Humbert se retrouvent \u00e0 Paris en janvier\u00a01924, ils d\u00e9cident d\u2019\u00eatre prudents. Ils se marient, ce qui est oppos\u00e9 \u00e0 leur philosophie libertaire mais facilite l\u2019obtention de permis de visite en prison, et disposent, dans leur entr\u00e9e, des valises garnies du n\u00e9cessaire en cas d\u2019arrestation impr\u00e9vue. Chaque mot est pes\u00e9 dans le nouveau journal qu\u2019ils publient en\u00a01931\u00a0: <i>La Grande R\u00e9forme<\/i>, qui, priv\u00e9 du commerce des pr\u00e9servatifs, a bien du mal \u00e0 survivre. \u00c0 d\u00e9faut du n\u00e9o-malthusianisme <i>stricto sensu<\/i>, les Humbert s\u2019investissent fortement dans des combats connexes. Elle participe \u00e0 la fondation de la Ligue mondiale pour la r\u00e9forme sexuelle et de l\u2019Association d\u2019\u00e9tudes sexologiques. Elle est aussi f\u00e9ministe et collabore r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 <i>La Voix des femmes<\/i> m\u00eame si \u2013\u00a0en tant qu\u2019anarchiste\u00a0\u2013 elle ne partage pas la\u00a0priorit\u00e9 donn\u00e9e au suffragisme dans les rangs f\u00e9ministes. Elle d\u00e9fend le nudisme dans un roman \u00e0 th\u00e8se illustr\u00e9, <i>En pleine vie<\/i> (1930), la libert\u00e9 sexuelle dans un tapuscrit r\u00e9dig\u00e9 avec Camille Berneri\u00a0: <i>Tartufe contre \u00c9ros ou la pudimanie brimant les arts<\/i>, <i>la science &amp; les lettres<\/i>, l\u2019ultrapacifisme (elle sillonne la France en pronon\u00e7ant plusieurs dizaines de conf\u00e9rences pour la Ligue internationale des combattants de la paix). Des propos antinatalistes lors d\u2019une de ces conf\u00e9rences lui valent trois nouveaux mois de prison.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Apr\u00e8s que le r\u00e9gime de Vichy a d\u00e9velopp\u00e9 sa l\u00e9gislation misogyne et rendu passible avorteurs et avorteuses de la peine de mort, Eug\u00e8ne Humbert est inculp\u00e9 de \u00ab\u00a0complicit\u00e9 de tentative d\u2019avortement\u00a0\u00bb\u00a0: dix-huit mois de prison et six mois de plus en appel. Il a 73\u00a0ans, il est gravement malade. Transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Amiens, il y meurt, \u00e0 la veille de sa lib\u00e9ration, lors du bombardement de juin\u00a01944.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Jeanne Humbert n\u2019a pas le choix\u00a0; pour surmonter sa douleur, il lui faut se battre. En mars\u00a01946, <i>La Grande R\u00e9forme<\/i> para\u00eet \u00e0 nouveau. Pour \u00e9viter la r\u00e9pression, ce n\u2019est pas un journal mais le \u00ab\u00a0Bulletin priv\u00e9 du groupe des amis d\u2019Eug\u00e8ne Humbert\u00a0\u00bb. Jeanne Humbert \u00e9crit beaucoup, en particulier des brochures et des livres \u00e0 la m\u00e9moire des compagnons disparus. Pour publier, il faut de l\u2019argent, le papier, rationn\u00e9, s\u2019ach\u00e8te au march\u00e9 noir. Elle est un peu aid\u00e9e, par des amis fran\u00e7ais et \u00e9trangers, mais l\u2019angoisse est constante. En ao\u00fbt\u00a01949, apr\u00e8s avoir vendu jusqu\u2019\u00e0 ses meubles, elle doit renoncer. C\u2019est en collaborant \u00e0 un grand nombre de publications radicales que Jeanne s\u2019exprime d\u00e9sormais. Elle assure, en particulier, une rubrique r\u00e9guli\u00e8re dans <i>Le R\u00e9fractaire<\/i>, cr\u00e9\u00e9 par May Picqueray pour continuer le combat de Louis Lecoin en faveur des insoumis et des d\u00e9serteurs, et ce, jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\"><strong>Francis RONSIN<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">\u2022 Auteure de nombreuses brochures, de centaines d\u2019articles, et de cinq livres\u00a0: <i>En pleine vie<\/i>, Paris, \u00c9d. de Lut\u00e8ce, 1930. \u2013 <i>Le Pourrissoir (Saint-Lazare)<\/i>, pr\u00e9face de V.\u00a0Margueritte, Paris, Prima, 1932. \u2013 <i>Sous la cagoule (Fresnes)<\/i>, pr\u00e9face de S.\u00a0Faure, Paris, \u00c9d. de Lut\u00e8ce, 1933. \u2013 <i>Eug\u00e8ne Humbert (La vie et l\u2019\u0153uvre d\u2019un n\u00e9o-malthusien)<\/i>, Paris, La Grande R\u00e9forme, 1947. \u2013 <i>S\u00e9bastien Faure (L\u2019homme, l\u2019ap\u00f4tre, une \u00e9poque)<\/i>, pr\u00e9face d\u2019Alexandre Z\u00e9va\u00e8s, Paris, \u00c9d. du Libertaire, 1949.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Archives d\u2019Eug\u00e8ne et Jeanne Humbert, Institut international d\u2019Histoire sociale d\u2019Amsterdam.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u2192 BAISSAT\u00a0B., <i>\u00c9coutez Jeanne Humbert<\/i>, documentaire de 52\u00a0minutes, 1980, http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xwjap2_ecoutez-jeanne-humbert_news (consult\u00e9 le 1\/12\/2015). \u2013 <i>DBMOF<\/i>. \u2013 GU\u00c9RRAND\u00a0R.-H. &amp; RONSIN\u00a0F., <i>Jeanne Humbert et la lutte pour le contr\u00f4le des naissances<\/i>, Paris, Spartacus, 2001. \u2013 RONSIN\u00a0F., <i>La Gr\u00e8ve des ventres<\/i>, Paris, Aubier-Montaigne, 1980.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Extrait de Christine Bard (dir.) et Sylvie Chaperon (coll.), Dictionnaire des f\u00e9ministes. France XVIIIe \u2013 XXIe si\u00e8cles, PUF, 2017) HUMBERT JEANNE [Jeanne RIGAUDIN]. N\u00e9e le 24 janvier 1890 \u00e0 Romans-sur-Is\u00e8re (Dr\u00f4me), d\u00e9c\u00e9d\u00e9e le 1er ao\u00fbt 1986 \u00e0 Paris. 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