{"id":145,"date":"2023-01-30T11:09:49","date_gmt":"2023-01-30T10:09:49","guid":{"rendered":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/?p=145"},"modified":"2023-01-30T11:10:31","modified_gmt":"2023-01-30T10:10:31","slug":"au-service-de-la-greve-des-ventres-par-roger-henri-guerrand-et-francis-ronsin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/?p=145","title":{"rendered":"\u00ab Au service de la gr\u00e8ve des ventres \u00bb, par Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin"},"content":{"rendered":"<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\"><em>(Extrait de Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin, Jeanne Humbert et la lutte pour le contr\u00f4le des naissances, Spartacus, 2001 (1990), pp. 38-54. Source : Indymedia)<\/em><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" lang=\"zxx\" style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\">Au service de la gr\u00e8ve des ventres<\/span><\/h2>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Durant tout le XIXe si\u00e8cle, les femmes fran\u00e7aises, solidement musel\u00e9es depuis la R\u00e9volution, durent subir les imp\u00e9ratifs d\u2019une morale bourgeoise aussi hostile aux r\u00e9alit\u00e9s sexuelles que celle de l\u2019\u00c9glise catholique, et ne rien savoir des v\u00e9ritables exigences de leurs corps\u00a0: cette connaissance aurait pu les conduire \u00e0 se r\u00e9volter contre leurs ma\u00eetres.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\"><!--more--><\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\"><a style=\"color: #000000\" name=\"more-147\"><\/a>Ceux-ci, d\u2019ailleurs, ne sont gu\u00e8re encourag\u00e9s \u00e0 s\u2019abandonner \u00e0 leurs pulsions sexuelles, s\u2019ils ont la curiosit\u00e9 de se renseigner \u00e0 ce sujet aupr\u00e8s des m\u00e9decins de cette \u00e9poque. Fid\u00e8les interpr\u00e8tes de la bourgeoisie qui tente alors de tout rationaliser, y compris le sexe, ces praticiens s\u2019efforcent en effet de r\u00e9duire celui-ci \u00e0 une fonction purement reproductrice. D\u2019o\u00f9 un type social nouveau, celui d\u2019une sorte de \u00ab\u00a0castr\u00e9\u00a0\u00bb volontaire \u2013 approuv\u00e9 par l\u2019\u00c9glise catholique conquise d\u2019embl\u00e9e \u00e0 cet id\u00e9al qu\u2019elle s\u2019effor\u00e7ait d\u2019imposer depuis le concile de Trente \u2013, form\u00e9 d\u00e8s l\u2019enfance \u00e0 s\u2019\u00e9pouvanter de la moindre \u00e9rection.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0L\u2019agitation, les contractions involontaires des muscles, les spasmes dont ils sont pris au moment de l\u2019\u00e9jaculation, le sentiment g\u00e9n\u00e9ral de douleur, de brisure, de faiblesse, qui suit le co\u00eft avec une fatigue toujours plus prononc\u00e9e dans les lombes et les parties inf\u00e9rieures du corps indiquent assez l\u2019impression profonde que la moelle \u00e9pini\u00e8re \u00e9prouve d\u2019un acte aussi perturbateur.\u00a0\u00bb Ainsi parle gravement le docteur J. Balliol dans ses <i>Conseils aux hommes affaiblis<\/i> (1877, 12e \u00e9dition)\u2026 Et il ajoute que dans l\u2019union charnelle les nerfs des cuisses sont affect\u00e9s, ce qui am\u00e8ne la sciatique et bient\u00f4t la paralysie. Dans de telles conditions, un homme dans tout son \u00e9clat, dans toute sa force, dou\u00e9 d\u2019une excellente constitution, ne doit s\u2019approcher de son \u00e9pouse qu\u2019une fois tous les trois jours. Plus faible, une fois par semaine et m\u00eame seulement deux fois par mois. Vers soixante ans, il convient de s\u2019abstenir tout \u00e0 fait, surtout apr\u00e8s les repas\u00a0: tous les organes, le c\u0153ur, les poumons, le cerveau, sont, pendant la digestion, dans un \u00e9tat de turgescence, de congestion sanguine qui s\u2019accro\u00eet encore sous l\u2019influence de l\u2019excitation v\u00e9n\u00e9rienne.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Peut-on \u00eatre plus clair\u00a0? Les ouvrages de cette encre se comptent par dizaines et ils se r\u00e9p\u00e8tent tous, jusqu\u2019en 1914. Prenons-en un autre, d\u00fb au docteur Louis de S\u00e9r\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9perdition des forces, allant parfois jusqu\u2019\u00e0 une v\u00e9ritable prostration qui oblige l\u2019homme au repos apr\u00e8s l\u2019accomplissement de l\u2019acte sexuel, ne peut \u00eatre s\u00e9rieusement attribu\u00e9e qu\u2019\u00e0 la perte de la liqueur s\u00e9minale. On sait d\u2019ailleurs \u00e0 quel degr\u00e9 d\u2019affaiblissement progressif sont amen\u00e9s ceux qui abusent des plaisirs de l\u2019amour, ainsi que ceux qui sont affect\u00e9s de pertes s\u00e9minales involontaires.\u00a0\u00bb (<i>La Virilit\u00e9 et l\u2019\u00e2ge critique chez l\u2019homme et la femme<\/i>, 1885.) Pour S\u00e9r\u00e9 \u00e9galement, il faut d\u00e9teler d\u00e8s cinquante ans\u00a0: ceux qui tentent de continuer empoisonnent leurs derni\u00e8res ann\u00e9es et abr\u00e8gent la dur\u00e9e de leur existence.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">M\u00eame un adversaire d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019Eglise catholique, comme le docteur A. Lutaud, peut \u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme sage ne doit jamais r\u00e9p\u00e9ter le co\u00eft sans avoir laiss\u00e9 entre chaque acte sexuel un intervalle dont la dur\u00e9e varie de un \u00e0 plusieurs jours selon son \u00e2ge et sa constitution.\u00a0\u00bb (<i>Manuel des maladies des femmes<\/i>, 1891.)<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Lui fait \u00e9cho le tr\u00e8s catholique G. Surbled, dans un ouvrage exclusivement destin\u00e9 au clerg\u00e9 (<i>La Morale dans ses rapports avec la m\u00e9decine et l\u2019hygi\u00e8ne<\/i>, 2 volumes, 1891). Pour lui, comme pour tous ses confr\u00e8res, l\u2019abus du co\u00eft est \u00e0 l\u2019origine de nombreuses maladies et il ne s\u2019agit pas des maladies proprement v\u00e9n\u00e9riennes. En dehors des premiers temps du mariage et de circonstances exceptionnelles, les rapports peuvent se borner \u2013 d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale \u2013 a cinq ou six par mois. En fait, \u00e9crit Surbled, l\u2019ovulation \u00e9tant mensuelle, le co\u00eft ne semblerait indiqu\u00e9 qu\u2019une fois par mois, en dehors des \u00e9poques de grossesse et de lactation. Mais on doit noter, d\u2019une part que tr\u00e8s peu de f\u00e9condations r\u00e9sultent d\u2019un seul rapport, de l\u2019autre que la concupiscence ne se s\u00e9pare pas de notre nature et rend en tout temps les relations possibles et quelquefois fatales.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Par lui-m\u00eame, le co\u00eft est donc un exercice hautement dangereux. S\u2019il s\u2019accompagne de man\u0153uvres \u00ab\u00a0frauduleuses\u00a0\u00bb, il condamne ses ex\u00e9cutants aux plus \u00e9pouvantables maladies. D\u00e8s 1868, le docteur L.F. Bergeret, dans un ouvrage c\u00e9l\u00e8bre, r\u00e9imprim\u00e9 huit fois jusqu\u2019en 1881 (<i>Des fraudes dans l\u2019accomplissement des fonctions g\u00e9n\u00e9ratrices<\/i>), en a pr\u00e9venu ceux qui s y risqueraient. Avec la violence d\u2019un sermonnaire du Grand Si\u00e8cle, il pr\u00e9sente des cas dramatiques susceptibles d\u2019impressionner des lecteurs d\u00e9j\u00e0 convaincus par le clerg\u00e9 du caract\u00e8re honteux de la sexualit\u00e9. Par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Femme de trente-deux ans\u00a0; belle et de vigoureuse constitution, tr\u00e8s lascive. Mari vigoureux et amant libertin. Tous deux fraudeurs. Elle meurt de cancer galopant.\u00a0\u00bb G\u00e9n\u00e9ratrices de douleurs effrayantes, les fraudes pr\u00e9disposent au cancer ut\u00e9rin car l\u2019organe a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9ment us\u00e9. Le c\u0153ur est lui aussi menac\u00e9 par les \u00ab\u00a0spasmes cyniques\u00a0\u00bb d\u2019orgasmes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s qui le d\u00e9chirent.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">A en croire Bergeret, les hommes de son temps se partagent entre des \u00ab\u00a0libertins \u00e0 figure bestiale poss\u00e9d\u00e9s par les instincts de la brute primitive\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0vieillards au faci\u00e8s abject, vrais pourceaux d\u2019Epicure\u00a0\u00bb, tous acharn\u00e9s \u00e0 faire subir \u00e0 des malheureuses \u2013 dont certaines n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 se suicider \u2013 des approches frauduleuses jusqu\u2019\u00e0 dix fois par jour.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Si quelques \u00e2mes pures ont succomb\u00e9 aux ignobles tentations de la chair, voici le d\u00e9plorable \u00e9tat de leur conscience\u00a0: \u00ab\u00a0Un jeune homme d\u2019une excellente \u00e9ducation, dou\u00e9 de sentiments d\u00e9licats, et qui avait \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9 \u00e0 la pratique des fraudes avec une ma\u00eetresse, me disait qu\u2019apr\u00e8s ces relations immorales, il se sentait confus, humili\u00e9, comme s\u2019il e\u00fbt commis un infanticide.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Pass\u00e9 1900, les m\u00eames stupides rengaines continuent d\u2019\u00eatre chant\u00e9es par un corps m\u00e9dical de plus en plus inf\u00e9od\u00e9 \u00e0 une classe qui a fini par l\u2019admettre apr\u00e8s l\u2019avoir quelque temps tenu en lisi\u00e8re. L\u2019id\u00e9ologie de la contrainte tient solidement, l\u2019abstinence reste la r\u00e8gle d\u2019or en mati\u00e8re sexuelle. Le docteur Serge-Paul, qui consid\u00e8re la femme comme un \u00eatre d\u2019une physiologie inf\u00e9rieure, avertit les \u00e9poux qu\u2019ils ont tort de regarder le plaisir v\u00e9n\u00e9rien comme un plaisir qu\u2019on peut prendre sans mesure, parce qu\u2019il est permis par les bonnes m\u0153urs, la religion et les lois. Beaucoup de maladies nerveuses sont dues \u00e0 des rapports sexuels trop fr\u00e9quents. Les intellectuels, surtout, doivent faire attention\u00a0: l\u2019\u00e9r\u00e9thisme de leurs facult\u00e9s les porte \u00e0 abuser de ces plaisirs qui les \u00e9puisent (<i>Physiologie de la vie sexuelle chez l\u2019homme et chez la femme<\/i>, 1910).<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Devant de telles \u00e9lucubrations que l\u2019ensemble des m\u00e9decins inculquait, peu ou prou, \u00e0 leur client\u00e8le, il est facile de comprendre \u00e0 quelles r\u00e9sistances se heurteront Robin et ses fid\u00e8les. Et ces d\u00e9mystificateurs n\u2019auront pas plus de succ\u00e8s, du moins au d\u00e9but, dans les masses populaires \u00e9galement conditionn\u00e9es au m\u00e9pris de toutes les manifestations de la sexualit\u00e9. Dans ces milieux, \u00e0 partir de la fin du XIXe si\u00e8cle, le cur\u00e9 est relay\u00e9 par l\u2019instituteur. Agent de transmission de l\u2019id\u00e9ologie dominante, ce nouveau repr\u00e9sentant du pouvoir est tout aussi bard\u00e9 d\u2019interdits que son pr\u00e9tendu rival. En fin de compte, m\u00eame quand ils se combattent, ces deux comp\u00e8res se compl\u00e8tent dans la r\u00e9pression. Au cat\u00e9chisme, ou au cours de morale, chacun d\u2019eux aurait pu commenter favorablement cette forte parole que le p\u00e8re Monsabr\u00e9 lan\u00e7a du haut de la chaire de Notre-Dame lors du Car\u00eame 1887\u00a0: \u00ab\u00a0La forme la plus grossi\u00e8re de l\u2019amour naturel, et la plus vile, est cet esprit charnel qui nous est commun avec la brute, et dont le tourment est la plus grande honte de notre nature d\u00e9chue.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Comme les n\u00e9o-malthusiens ne partageaient nullement cette opinion si tranch\u00e9e, leurs adversaires les accus\u00e8rent de \u00ab\u00a0pornographie\u00a0\u00bb mais aussi, sans h\u00e9siter, de provocation \u00e0 l\u2019avortement. Or, depuis un \u00e9dit du roi Henri II, dat\u00e9 de 1556, et confirm\u00e9 ensuite par plusieurs ordonnances jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution, cette pratique mill\u00e9naire avait toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e en France comme un crime majeur. L\u2019article 317 du Code p\u00e9nal en confia la r\u00e9pression aux cours d\u2019assises. Force est pourtant de constater qu\u2019\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, l\u2019avortement \u00e9tait peu \u00e0 peu entr\u00e9 dans les m\u0153urs, du haut en bas de l\u2019\u00e9chelle sociale, pour ne rien dire de l\u2019infanticide qui alimente journellement, \u00e0 cette \u00e9poque, les rubriques de faits divers.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le contenu de la derni\u00e8re page des journaux de grande diffusion le prouve, elle fourmille d\u2019annonces peu \u00e9quivoques destin\u00e9es aux femmes \u00ab\u00a0inqui\u00e8tes pour leurs \u00e9poques\u00a0\u00bb en leur garantissant une discr\u00e9tion absolue. Elles sont ins\u00e9r\u00e9es par des sages-femmes qui pratiquent des tarifs s\u2019adaptant \u00e0 la situation sociale des patientes. \u00ab\u00a0L\u2019avorteuse des Batignolles\u00a0\u00bb, condamn\u00e9e en 1891, descendait jusqu\u2019\u00e0 deux francs, soit la moiti\u00e9 du salaire journalier d\u2019un ouvrier. \u00ab\u00a0L\u2019ogresse de la rue Tiquetonne\u00a0\u00bb, arr\u00eat\u00e9e en 1906 sous l\u2019inculpation d\u2019avoir commis 1500 avortements, pratiquait \u00e9galement des prix accessibles \u00e0 toutes.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Les m\u00e9decins ne d\u00e9daignaient pas ce fructueux march\u00e9, on les retrouva, en compagnie des \u00ab\u00a0faiseuses d\u2019anges\u00a0\u00bb, sur les bancs des cours d\u2019assises durant tout le XIXe si\u00e8cle. A vrai dire, ils ne risquaient pas grand-chose \u00e9tant donn\u00e9 la \u00ab\u00a0scandaleuse\u00a0\u00bb indulgence des jurys\u00a0: d\u2019apr\u00e8s certains moralistes, les jur\u00e9s ne poursuivaient pas ce crime car eux-m\u00eames, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de la \u00ab\u00a0mentalit\u00e9 moderne\u00a0\u00bb, l\u2019avaient certainement fait pratiquer sur la personne de leur femme, de leur ma\u00eetresse ou m\u00eame de leur fille\u2026<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Ces consid\u00e9rations, accompagn\u00e9es g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019encouragements platoniques \u00e0 la repopulation, n\u2019\u00e9taient pas, il s\u2019en faut, partag\u00e9es par tous les repr\u00e9sentants de l\u2019opinion. La question de l\u2019avortement a \u00e9t\u00e9 l\u2019une de celles qui ont suscit\u00e9 le plus de controverses au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle\u00a0: de tr\u00e8s nombreux romans et pi\u00e8ces \u00e0 th\u00e8se en font foi et ils concluent unanimement \u00e0 l\u2019abrogation de l\u2019article 317.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Depuis l\u2019\u00e9poque romantique, l\u2019audience du public se gagne principalement au th\u00e9\u00e2tre\u00a0: il fait figure de tribune o\u00f9 s\u2019affrontent les th\u00e8ses concernant les probl\u00e8mes sociaux. Dans ce genre, le dernier des grands ma\u00eetres, apr\u00e8s \u00c9mile Augier, Dumas fils et Henri Becque, fut Eug\u00e8ne Brieux. Fils d\u2019un menuisier du faubourg du Temple, autodidacte, le futur acad\u00e9micien s\u2019est attaqu\u00e9 de bonne heure aux questions qui divisaient son \u00e9poque. Avec <i>Maternit\u00e9<\/i>, pi\u00e8ce en trois actes repr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois au th\u00e9\u00e2tre Antoine, le 9 d\u00e9cembre 1903, Brieux se rangeait sans \u00e9quivoque parmi ceux qui avaient compris les causes sociales de l\u2019avortement.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le sous-pr\u00e9fet Brignac \u2013 jou\u00e9 par Antoine lui-m\u00eame \u2013, mari\u00e9 depuis quatre ans, est d\u00e9j\u00e0 p\u00e8re de trois enfants\u00a0: l\u2019a\u00een\u00e9 a trois ans, le dernier deux mois. Sa femme, Lucie, se sent tr\u00e8s fatigu\u00e9e. D\u2019autre part, elle sait que son mari la trompe pendant ses grossesses. Le sous-pr\u00e9fet veut attirer sur lui l\u2019attention de ses sup\u00e9rieurs en se faisant le promoteur, dans son d\u00e9partement, des ligues contre la d\u00e9population. Toute une sc\u00e8ne, o\u00f9 diff\u00e9rentes personnalit\u00e9s politiques donnent leur avis, est consacr\u00e9e \u00e0 ce probl\u00e8me. Or Annette, s\u0153ur de Lucie, lui annonce qu\u2019elle est enceinte d\u2019un gar\u00e7on qu\u2019elle consid\u00e9rait comme son fianc\u00e9. Le mariage ne peut se faire, les parents du jeune homme, des commer\u00e7ants ambitieux, ont d\u2019autres projets pour leur fils. Lucie raconte l\u2019affaire \u00e0 son mari\u00a0: il propose d\u2019envoyer sa belle-s\u0153ur \u00e0 Paris pour faire ses couches clandestinement. Sa femme refuse. Elle avoue \u00e0 Brignac qu\u2019elle ne l\u2019aime pas\u00a0: son troisi\u00e8me enfant sera le dernier qu\u2019il aura eu d\u2019elle.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le dernier acte repr\u00e9sente une salle de tribunal\u00a0: la cour d\u2019assises de la Seine est r\u00e9unie pour juger plusieurs affaires d\u2019avortement. Annette est venue \u00e0 Paris se confier aux soins d\u2019une matrone et elle est morte de ses man\u0153uvres. Avec l\u2019avorteuse \u2013 qui d\u00e9clare avoir agi par piti\u00e9 \u2013 comparaissent \u00e9galement deux de ses clientes. C\u2019est pour Brieux l\u2019occasion de dresser un tableau des conditions de vie des petits fonctionnaires et des ouvriers, inspir\u00e9 par une documentation s\u00e9rieuse. Une institutrice et son mari sont en effet inculp\u00e9s. A eux deux, ils gagnent 116 francs par mois \u2013 environ 6000 francs actuels \u2013 pour quatre personnes. La naissance d\u2019un troisi\u00e8me enfant e\u00fbt \u00e9t\u00e9 une catastrophe. L\u2019ouvrier Tupin \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 p\u00e8re de sept enfants quand il a conduit sa femme chez l\u2019avorteuse. Son avocat lit le d\u00e9tail des d\u00e9penses annuelle d\u2019une famille ouvri\u00e8re prouvant le d\u00e9ficit in\u00e9vitable. Lucie a demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre entendue comme t\u00e9moin par la cour. Refusant les combinaisons sordides de son mari, elle l\u2019a quitt\u00e9 avec Annette et ses trois enfants. Elle s\u2019est mise \u00e0 faire de la couture pour subsister, mais leur vie est devenue de plus en plus difficile. Annette, consid\u00e9rant qu\u2019elle \u00e9tait la cause de cette d\u00e9ch\u00e9ance, n\u2019avait pas voulu imposer \u00e0 sa s\u0153ur une charge de plus. C\u2019est pourquoi elle avait pris la d\u00e9cision de l\u2019avortement.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">A la fin de la pi\u00e8ce, l\u2019un des avocats \u00e9voque le moment o\u00f9 chaque femme pourra exercer son droit \u00e0 la libre maternit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019appelle l\u2019heure lib\u00e9ratrice ou, gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9couverte de quelque savant, chacun pourra, sans hypocrite contrainte, comme sans profanation de l\u2019amour, n\u2019avoir que les enfants qu\u2019il aura d\u00e9sir\u00e9s. Oui, ce sera une conqu\u00eate sur la nature, sur la nature f\u00e9roce qui r\u00e9pand avec une profusion coupable la vie qu\u2019elle voit dispara\u00eetre avec indiff\u00e9rence.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Robin et les n\u00e9o-malthusiens ne disaient pas autre chose. Au contact direct de la population ouvri\u00e8re, ils savaient bien que la \u00ab\u00a0d\u00e9population\u00a0\u00bb de la France n\u2019avait rien \u00e0 voir avec des causes morales pr\u00e9tendument d\u00e9voil\u00e9es par des P\u00e8res Lapins qui allaient jusqu\u2019\u00e0 proposer de soumettre les c\u00e9libataires atteignant vingt-neuf ans \u00e0 des obligations militaires suppl\u00e9mentaires et d\u2019interdire l\u2019acc\u00e8s des fonctions publiques \u00e0 ceux qui ne seraient pas mari\u00e9s \u00e0 vingt-cinq ans.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Habitant un logement d\u00e9passant rarement une pi\u00e8ce, sans eau ni W.-C., pourrissoir o\u00f9 ses enfants \u00e9taient livr\u00e9s \u00e0 toutes les attaques microbiennes\u00a0; fournissant un travail ext\u00e9nuant \u2013 plus de dix heures \u2013 et mal r\u00e9tribu\u00e9\u00a0; se nourrissant d\u2019aliments frelat\u00e9s \u2013 le lait n\u2019est pas une exception \u2013 fallait-il encore que l\u2019ouvri\u00e8re de 1900, dans le but de satisfaire un quarteron de nationalistes hyst\u00e9riques, pr\u00eat\u00e2t tous les ans son ventre \u00e0 des maternit\u00e9s pour lesquelles la soci\u00e9t\u00e9 ne lui apportait aucune aide\u00a0?<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Devant un tel \u00e9tat de fait, des hommes et des femmes, impr\u00e9gn\u00e9s d\u2019une \u00ab\u00a0funeste doctrine\u00a0\u00bb, naturellement d\u2019origine \u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mortelle pour l\u2019\u00e2me fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, avaient os\u00e9 proposer aux masses un id\u00e9al de procr\u00e9ation consciente qui d\u00e9passait l\u2019avortement, solution ultime. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 violemment attaqu\u00e9s par des natalistes de tout poil. D\u2019apr\u00e8s eux, Robin dirigeait une bande de pornographes particuli\u00e8rement habiles dont les activit\u00e9s relevaient de la justice. Un chef d\u2019orchestre manquait \u00e0 ce combat pour les bonnes m\u0153urs. Il se pr\u00e9senta enfin en la personne du s\u00e9nateur inamovible de la Dr\u00f4me, ancien avocat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la cour imp\u00e9riale de Lyon, Ren\u00e9 B\u00e9renger. R\u00e9formateur du Code p\u00e9nal, ce grand juriste a \u00e9t\u00e9 l\u2019inventeur du sursis et de la lib\u00e9ration conditionnelle. A ce titre, il fut l\u2019un des hommes les plus progressistes de son temps. Ses r\u00e9formes sont devenues des \u00e9l\u00e9ments essentiels dans la r\u00e9int\u00e9gration sociale des d\u00e9linquants.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Toutefois le s\u00e9nateur B\u00e9renger, catholique \u00e9troit, aurait volontiers condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s tous ceux qui avaient, sur la vie sexuelle, des opinions contraires aux siennes. Animateur de la Ligue contre la licence des rues, il pourchassa, avec une ardeur suspecte, toutes les manifestations de \u00ab\u00a0l\u2019immoralit\u00e9 sexuelle\u00a0\u00bb. Sa rage r\u00e9pressive ne connaissait pas de bornes \u2013 elle lui vaudra d\u2019\u00eatre l\u2019un des hommes les plus chansonn\u00e9s de France \u2013 et le conduisait \u00e0 fouler aux pieds les principes fondamentaux du droit fran\u00e7ais\u00a0: il aurait souhait\u00e9 que les soci\u00e9t\u00e9s antipornographiques fussent investies du droit de poursuivre elles-m\u00eames les auteurs des faits qu\u2019elles combattaient statutairement. Il d\u00e9posa un projet de loi dans ce sens mais personne ne voulut suivre sur ce terrain le \u00ab\u00a0fou de la rue Pasquier\u00a0\u00bb, comme l\u2019appelaient ses ennemis.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Alors les \u00ab\u00a0antipornographes\u00a0\u00bb se rabattirent sur la loi du 2 ao\u00fbt 1882 r\u00e9primant les outrages aux bonnes m\u0153urs. C\u2019est par ce biais qu\u2019ils parvinrent \u00e0 faire tra\u00eener les n\u00e9o-malthusiens devant les tribunaux. Mais la Cour de cassation annula tous les jugements concluant ces affaires. Si la propagande vis\u00e9e ne pr\u00e9sentait pas en effet un caract\u00e8re d\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 ou de luxure \u2013 \u00e9l\u00e9ment essentiel du d\u00e9lit \u2013, elle ne pouvait entrer dans les pr\u00e9visions de la loi de 1882 et \u00e9chappait \u00e0 toute sanction. Dans chacun de ses arr\u00eats, la Cour pr\u00e9cisa qu\u2019il \u00e9tait impossible de consid\u00e9rer comme contenant des descriptions obsc\u00e8nes l\u2019imprim\u00e9 qui ne renfermait que des prescriptions d\u2019ordre physiologique.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Maintenant install\u00e9e rue de la Du\u00e9e en qualit\u00e9 de secr\u00e9taire, Jeanne va d\u00e9charger Humbert de la correspondance tap\u00e9e ensuite par une dactylo. Un militant s\u2019occupe des abonnements tandis qu\u2019un jeune grouillot fait les courses. Eug\u00e9nie de Bast vend les articles de pr\u00e9servation ou pr\u00e9pare leur exp\u00e9dition. Pendant plusieurs ann\u00e9es, le \u00ab\u00a0patron\u00a0\u00bb vivra ainsi entre deux femmes car il avait promis \u00e0 Eug\u00e9nie de ne pas l\u2019abandonner. Mais il exigea que Jeanne v\u00eent vivre avec eux\u00a0: cette cohabitation, qui ne fut pas toujours sans heurts, ne sera jamais remise en cause.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">De pr\u00e9cieux encouragements continuent d\u2019arriver au si\u00e8ge de <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente<\/i>, ils r\u00e9chauffent l\u2019ardeur des militants critiqu\u00e9s par toutes les familles spirituelles et politiques consid\u00e9r\u00e9es comme repr\u00e9sentatives. En 1909, <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente<\/i> lance une enqu\u00eate. Une seule question\u00a0: \u00ab\u00a0Le n\u00e9o-malthusianisme est-il moral\u00a0?\u00a0\u00bb Les r\u00e9ponses positives affluent. Alfred Naquet, l\u2019homme de la loi r\u00e9tablissant le divorce, un autre \u00ab\u00a0fl\u00e9au\u00a0\u00bb responsable de la d\u00e9natalit\u00e9, a approuv\u00e9 Robin d\u00e8s le d\u00e9but. Il ne croit pas que le n\u00e9o-malthusianisme soit un moyen de r\u00e9soudre la question sociale, mais il est persuad\u00e9 de la haute port\u00e9e morale d\u2019une procr\u00e9ation rationnelle. \u00ab\u00a0J\u2019estime, r\u00e9pond-il, que la maternit\u00e9 doit \u00eatre consciente, voulue, et qu\u2019il est contraire \u00e0 toute id\u00e9e d\u2019une civilisation saine que l\u2019acte le plus important de tous, celui qui renouvelle l\u2019esp\u00e8ce, soit livr\u00e9 au hasard, alors que des actes secondaires sont le fruit de la r\u00e9flexion.\u00a0\u00bb L\u00e9on Frapi\u00e9, le c\u00e9l\u00e8bre auteur de <i>La Maternelle<\/i>, parle dans le m\u00eame sens\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un devoir de haute morale et de haute charit\u00e9, \u00e9crit-il, que d\u2019enseigner aux malheureux \u00e0 ne pas engendrer involontairement des malheureux.\u00a0\u00bb L\u2019arch\u00e9ologue Salomon Reinach, enfin\u00a0: \u00ab\u00a0La propagande n\u00e9o-malthusienne a pour but de substituer la r\u00e9flexion \u00e0 l\u2019instinct, la pr\u00e9voyance \u00e0 l\u2019insouciance, l\u2019homo sapiens \u00e0 la brute. Ceux qui l\u2019accusent de favoriser le vice, de pr\u00eacher l\u2019avortement, sont des ignorants ou alt\u00e8rent sciemment la v\u00e9rit\u00e9. On peut condamner Paul Robin mais sa condamnation sera inscrite sur la statue que lui r\u00e9serve l\u2019avenir.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Sur le plan de l\u2019aide pratique aux couples, l\u2019action d\u2019Humbert et de ses amis ne cesse de prendre de nouveaux d\u00e9veloppements. Le groupe publie un catalogue d\u2019appareils d\u2019hygi\u00e8ne sexuelle et de \u00ab\u00a0pr\u00e9servation de la grossesse\u00a0\u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par Humbert.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le moins co\u00fbteux des pr\u00e9servatifs masculins est en caoutchouc dilat\u00e9 blanc, de plusieurs dimensions, dix \u00e0 vingt centim\u00e8tres de longueur. Plus chers, ceux en caoutchouc \u00ab\u00a0soie\u00a0\u00bb sont emball\u00e9s chacun sous une enveloppe. Enfin, il existe un mod\u00e8le tr\u00e8s robuste, vendu non enroul\u00e9, comportant quatre \u00e9paisseurs, fort, extra-fort, demi-fort, un quart-fort. On remarque encore les \u00ab\u00a0capuchons\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0bouts am\u00e9ricains\u00a0\u00bb\u00a0: ils ne recouvrent que le gland. Leur ouverture est limit\u00e9e par un anneau \u00e9lastique de petit diam\u00e8tre\u00a0; on les place dans le sillon qui s\u00e9pare le gland du corps de la verge.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Il va de soi que toute \u00ab\u00a0ressource pr\u00e9servatrice\u00a0\u00bb avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e par l\u2019\u00c9glise catholique d\u00e8s 1826 \u2013 il s\u2019agissait alors de \u00ab\u00a0gants d\u2019amour\u00a0\u00bb en boyau de mouton \u2013 et que les m\u00e9decins ayant de l\u2019honneur ne les recommanderaient jamais \u00e0 leurs clients, sauf peut-\u00eatre en cas de syphilis. D\u2019ailleurs, ces objets inf\u00e2mes trahissent souvent ceux qui les utilisent, comme le pr\u00e9tend avec jubilation le docteur Surbied, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, dans l\u2019un de ses ouvrages les plus lus (<i>Le Vice conjugal<\/i>, 1909, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 jusqu\u2019en 1935)\u00a0: \u00ab\u00a0Le sperme, qu\u2019on croyait r\u00e9serv\u00e9, s\u2019\u00e9chappe furtivement par un pertuis microscopique, par une petite fissure, et arrive \u00e0 ses fins. La f\u00e9condation s\u2019op\u00e8re \u00e0 la sourdine, alors qu\u2019on avait pris toutes les dispositions pour l\u2019emp\u00eacher.\u00a0\u00bb Quant \u00e0 la panoplie des \u00ab\u00a0libertines\u00a0\u00bb, elle est beaucoup plus compl\u00e8te qu\u2019on ne se l\u2019imagine aujourd\u2019hui. Par exemple, les \u00ab\u00a0\u00e9ponges de s\u00fbret\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: d\u2019un diam\u00e8tre de quatre, cinq centim\u00e8tres, elles sont entour\u00e9es d\u2019une r\u00e9sille l\u00e9g\u00e8re et munies d un fil de soie pour les retirer. On les enfon\u00e7ait profond\u00e9ment dans le conduit vaginal apr\u00e8s les avoir tremp\u00e9es dans une solution dilu\u00e9e d\u2019alcool, d\u2019eau de Cologne ou de liqueur de Van Swieten. Vient ensuite la famille des pessaires en caoutchouc. D\u2019abord le fran\u00e7ais, disponible en quatre tailles\u00a0: il se compose d\u2019un anneau plein ou creux surmont\u00e9 d\u2019une membrane en forme de c\u00f4ne arrondi. Puis le Mensinga \u2013 du nom d\u2019un m\u00e9decin allemand \u2013, calotte de caoutchouc mince mont\u00e9e sur un ressort. On l\u2019introduit en lui faisant prendre le contour d\u2019un huit. Un mod\u00e8le r\u00e9cent, le tibulaire, rev\u00eat l\u2019aspect d\u2019un petit tuyau assez rigide dont une extr\u00e9mit\u00e9 est garnie d\u2019une membrane plate\u00a0; l\u2019autre, qui doit \u00e9pouser les culs-de-sac, a \u00e9t\u00e9 taill\u00e9e en oblique. Les moyens chimiques se r\u00e9sument \u00e0 des poudres anticonceptionnelles dispers\u00e9es sur l\u2019ensemble des parois vaginales gr\u00e2ce \u00e0 des insufflateurs ou encore \u00e0 des suppositoires \u2013 tels les c\u00f4nes du docteur Mascaux \u2013 contenant un produit spermicide. Ces derniers sont tr\u00e8s recommand\u00e9s par certains m\u00e9decins qui croient toujours que la matrice doit \u00eatre apais\u00e9e par la \u00ab\u00a0bienfaisante ond\u00e9e spermatique\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le recueil d\u2019Humbert est heureusement compl\u00e9t\u00e9 par un livre de Gabriel Giroud \u2013 gendre de P. Robin, il \u00e9crira g\u00e9n\u00e9ralement sous le pseudonyme de Georges Hardy \u2013 qui conna\u00eet un tr\u00e8s vif succ\u00e8s. Intitul\u00e9 sans hypocrisie <i>Moyens d\u2019\u00e9viter la grossesse<\/i> (1909), il contient, en quatre-vingt-seize pages, tous les renseignements sur les moyens anticonceptionnels connus au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle et la fa\u00e7on de s\u2019en servir\u00a0: de nombreux croquis accompagnent le texte.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Giroud ne dissimule nullement sa mission de porte-parole d\u2019une \u00e9cole de pens\u00e9e dont Malthus et Robin sont les ma\u00eetres. Il rappelle l\u2019action de son beau-p\u00e8re et invite ses lecteurs \u00e0 rejoindre les rangs des n\u00e9o-malthusiens. Etant donn\u00e9 la modicit\u00e9 du prix des objets de pr\u00e9servation sexuelle, on peut les consid\u00e9rer comme \u00e0 la port\u00e9e de chacun. Et Giroud estime que les organisations ouvri\u00e8res devraient en assurer la vente au d\u00e9tail \u00e0 leurs adh\u00e9rents. Son petit manuel, tr\u00e8s clair, devait \u00eatre acquis par des milliers de personnes. Il fut plusieurs fois r\u00e9imprim\u00e9 jusqu\u2019en 1914.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">L\u2019ann\u00e9e suivante, Nelly Roussel publie en volume quelques-uns de ses articles et de ses conf\u00e9rences. Son titre\u00a0: <i>Quelques lances rompues pour nos libert\u00e9s.<\/i> Il ne s\u2019agit pas seulement de la libert\u00e9 sexuelle de la femme. Nelly Roussel a toujours combattu en m\u00eame temps pour sa libert\u00e9 politique et \u00e9conomique, totalement ni\u00e9e par les hommes de cette \u00e9poque, et pour laquelle elle milite aux c\u00f4t\u00e9s de Marguerite Durand, chef de file du f\u00e9minisme fran\u00e7ais. Compl\u00e9tant le pr\u00e9cis de Georges Hardy, Jean Marestan fait para\u00eetre, en 1910, un v\u00e9ritable trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation sexuelle. Deux chapitres y sont consacr\u00e9s \u00e0 la prudence procr\u00e9atrice. Marestan expose la doctrine des n\u00e9o-malthusiens et ne manque pas d\u2019accompagner ses consid\u00e9rations th\u00e9oriques d\u2019un cours sur les moyens scientifiques et pratiques d\u2019\u00e9viter les grossesses non d\u00e9sir\u00e9es. Encore un livre bien accueilli qui aura de multiples r\u00e9\u00e9ditions.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Dans l\u2019intervalle, la r\u00e9pression va s\u2019abattre sur les militants n\u00e9o-malthusiens. Au cours d\u2019une conf\u00e9rence qu\u2019il avait donn\u00e9e \u00e0 Sotteville-l\u00e8s-Rouen, Humbert, \u00e0 son habitude, apr\u00e8s avoir demand\u00e9 aux personnes qui risquaient d\u2019\u00eatre choqu\u00e9es de quitter la salle, s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9 dans un expos\u00e9, illustr\u00e9 au tableau noir, sur les m\u00e9thodes contraceptives. Un pasteur, pr\u00e9sident de la section rouennaise de la Ligue contre la licence des rues, se trouvait pr\u00e9sent avec plusieurs de ses amis et il porta plainte aussit\u00f4t. Humbert compara\u00eet devant le tribunal correctionnel de Rouen, il est condamn\u00e9 \u00e0 trois mois de prison et \u00e0 500 F d\u2019amende pour outrage aux bonnes moeurs. Liard-Courtois, qui l\u2019accompagnait, \u00e9cope d\u2019un mois et de 300 F \u00e0 payer \u00ab\u00a0pour complicit\u00e9 morale\u00a0\u00bb\u00a0; un militant rouennais, \u00e0 une semaine d\u2019incarc\u00e9ration pour avoir vendu des brochures. Apr\u00e8s appel, ces peines sont confirm\u00e9es, sauf pour Liard-Courtois qui b\u00e9n\u00e9ficie du sursis.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le tribunal correctionnel de la Seine prend alors le relais et Humbert est condamn\u00e9, en d\u00e9cembre 1909, \u00e0 six mois de prison et 3000 F d\u2019amende pour plusieurs articles publi\u00e9s dans <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente.<\/i> Sous le titre \u00ab\u00a0L\u2019immoralit\u00e9 des moralistes\u00a0\u00bb, les n\u00e9o-malthusiens organisent un meeting, le 31 mars 1910, \u00e0 la salle des Soci\u00e9t\u00e9s savantes, \u00e0 Paris, rue Danton. Il est plac\u00e9 sous la pr\u00e9sidence d\u2019honneur d\u2019Alfred Naquet et la pr\u00e9sidence effective du docteur Meslier, d\u00e9put\u00e9 de la Seine. S\u00e9bastien Faure et Nelly Roussel y prennent la parole. Le compte rendu de cette manifestation, comprenant les discours de tous les orateurs, fut \u00e9dit\u00e9 en brochure sous le titre <i>D\u00e9fendons-nous\u00a0! <\/i>Un service en fut fait aux d\u00e9put\u00e9s, \u00e0 la presse, aux \u00e9crivains amis et ennemis.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Ce stress permanent n\u2019assombrissait en rien le caract\u00e8re d\u2019Humbert ni n\u2019entamait sa sant\u00e9. Rue de la Du\u00e9e, on travaille dans l\u2019euphorie et le patron trouve le temps d\u2019entra\u00eener sa petite \u00e9quipe en promenade, dans les bois de Villebon, de Saint-Cloud ou sur les bords de la Marne, manger une friture. Le dimanche matin, s\u2019est institu\u00e9e la c\u00e9r\u00e9monie de \u00ab\u00a0l\u2019ap\u00e9ritif Roinard\u00a0\u00bb \u2013 une initiative du po\u00e8te \u2013 qui a lieu dans un \u00ab\u00a0bistrot d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, <i>Au Bon Coin<\/i>, situ\u00e9 en haut de la rue M\u00e9nilmontant. Y figurent r\u00e9guli\u00e8rement des \u00e9crivains et des artistes oubli\u00e9s aujourd\u2019hui mais \u00e9galement le po\u00e8te Louis de Gonzague Frick, les chansonniers libertaires L\u00e9on de Bercy et Buffalo, Guillaume Apollinaire \u00e0 qui la fr\u00e9quentation des n\u00e9o-malthusiens inspirera la c\u00e9l\u00e8bre charge burlesque <i>Les Mamelles de Tir\u00e9sias. <\/i>C\u2019est probablement Van Dongen \u2013 alors collaborateur de <i>L\u2019Assiette au beurre<\/i> \u2013 qui lui avait fait conna\u00eetre Humbert et ses amis.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">De tels compagnonnages, s\u2019il les soup\u00e7onnait, ne feraient pas r\u00e9fl\u00e9chir le s\u00e9nateur B\u00e9renger. Apollinaire et Van Dongen ne sont encore consid\u00e9r\u00e9s que comme des m\u00e9t\u00e8ques \u00e0 la moralit\u00e9 tr\u00e8s douteuse. En permanence, le vaillant P\u00e8re la pudeur envoie au parquet des exemplaires de <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente<\/i> rageusement crayonn\u00e9s en bleu. Les militants des quarante-neuf comit\u00e9s d\u00e9partementaux de sa F\u00e9d\u00e9ration des soci\u00e9t\u00e9s contre la pornographie, ob\u00e9issant aux conseils qu\u2019il leur prodiguait en publiant chaque ann\u00e9e son <i>Manuel pratique de lutte contre la pornographie<\/i>, se relaient pour d\u00e9poser des milliers de plaintes.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Cette pers\u00e9v\u00e9rance va porter ses fruits. Le 21 janvier 1911, sur convocation, Humbert devra se rendre \u00e0 la Sant\u00e9 pour y purger une condamnation de trois mois de prison inflig\u00e9e par la cour d\u2019appel de Paris quelques jours auparavant. Il b\u00e9n\u00e9ficie du r\u00e9gime politique et va se retrouver en pays de connaissance. Gustave<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Herv\u00e9, le pourfendeur du patriotisme dans <i>La Guerre sociale<\/i>, et son adjoint Almereyda sont \u00e0 ce moment emprisonn\u00e9s pour d\u00e9lit de presse, ainsi que le jeune Louis Lecoin.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le quartier politique de la Sant\u00e9 se composait de deux \u00e9tages divis\u00e9s en cellules spacieuses et bien a\u00e9r\u00e9es. Les d\u00e9tenus avaient la facult\u00e9 d\u2019y faire transporter des objets, des ustensiles divers, et m\u00eame des meubles\u00a0! Le m\u00e9nage \u00e9tait assur\u00e9 par des prisonniers de droit commun choisis parmi ceux qui avaient une bonne conduite car cet emploi offrait des avantages\u00a0: les \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb leur donnaient des aliments et du tabac tandis que ceux qui venaient les voir se chargeaient en fraude de lettres pour l\u2019ext\u00e9rieur.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Quand Humbert arriva, on lui fit une joyeuse r\u00e9ception. Si les prisonniers politiques voulaient c\u00e9l\u00e9brer une f\u00eate \u2013 cela arrivait fr\u00e9quemment \u2013, ils demandaient au directeur la permission, toujours accord\u00e9e, de rester ensemble jusqu\u2019\u00e0 vingt-deux heures au lieu d\u2019\u00eatre boucl\u00e9s \u00e0 dix-neuf. C\u2019\u00e9tait alors, autour de la table du r\u00e9fectoire-parloir-biblioth\u00e8que, un vrai banquet qui s\u2019organisait avec l\u2019apport des nourritures et boissons que presque tous recevaient en abondance. A vingt-deux heures, un gardien venait prier ces messieurs de se retirer dans leurs chambres respectives\u00a0: apr\u00e8s leur avoir souhait\u00e9 un bonsoir courtois, il les verrouillait jusqu\u2019au lendemain matin.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">On pouvait m\u00eame, dans cette oasis qui semble aujourd\u2019hui miraculeuse, donner des conf\u00e9rences\u00a0! Humbert fut pri\u00e9 d\u2019y faire une causerie sur la limitation des naissances et les moyens de l\u2019assurer\u00a0; en somme, d\u2019exposer les th\u00e9ories qui lui valaient d\u2019\u00eatre enferm\u00e9\u00a0! Le porte-cl\u00e9s pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la surveillance y prit grand int\u00e9r\u00eat\u00a0: deux de ses coll\u00e8gues, pr\u00e9venus par lui, assist\u00e8rent \u00e0 la deuxi\u00e8me conf\u00e9rence qu\u2019Humbert pronon\u00e7a sur le sujet et ils s\u2019abonn\u00e8rent aussit\u00f4t \u00e0 son journal\u2026<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Chaque d\u00e9tenu politique avait naturellement droit aux visites de sa famille et de ses amis. A son entr\u00e9e \u00e0 la Sant\u00e9, il remettait \u00e0 l\u2019administration une liste des personnes qu\u2019il d\u00e9sirait recevoir. Apr\u00e8s examen, l\u2019autorisation \u00e9tait accord\u00e9e ou refus\u00e9e nomm\u00e9ment, certains visiteurs \u00e9tant jug\u00e9s ind\u00e9sirables. Le \u00ab\u00a0parloir\u00a0\u00bb se tenait chaque apr\u00e8s-midi entre treize et dix-sept heures\u00a0; il avait lieu dans la salle commune ou dans la cour. Par faveur sp\u00e9ciale du minist\u00e8re de la Justice, les prisonniers pouvaient recevoir leurs femmes dans leurs cellules. Bien que n\u2019\u00e9tant pas encore l\u2019\u00e9pouse l\u00e9gitime d\u2019Humbert, Jeanne, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention directe d\u2019Aristide Briand, put obtenir aussi cette autorisation.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Trois jours par semaine, elle se rendait \u00e0 la Sant\u00e9\u00a0: le couple faisait la d\u00eenette sur la petite table en bois blanc de la cellule. Jeanne a relat\u00e9 ces instants uniques dans la biographie qu\u2019elle a consacr\u00e9e \u00e0 son mari\u00a0: \u00ab\u00a0Nous nous sentions chez nous dans cette grande chambre aux murs blanchis \u00e0 la chaux et bien claire. Quand les premiers visiteurs arrivaient, jamais avant quinze heures environ, nous descendions tous les deux pour les recevoir.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Durant son incarc\u00e9ration, Humbert s\u2019occupait aussi activement de la direction de son journal et de la marche de la propagande que lorsqu\u2019il \u00e9tait en libert\u00e9. Chaque jour, l\u2019un de ses collaborateurs lui apportait le courrier. Le patron distribuait la besogne \u00e0 chacun, v\u00e9rifiait la copie et faisait la mise en pages du journal.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">L\u2019action continue d\u2019Humbert, son impact de plus en plus net sur une fraction non n\u00e9gligeable de l\u2019intelligentsia, du moins a Paris, aurait certainement entra\u00een\u00e9 l\u2019adh\u00e9sion populaire s\u2019il avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du concours des socialistes. Or les doctrinaires du Parti ouvrier fran\u00e7ais, repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s depuis 1893 et ne cessant de remporter des succ\u00e8s \u00e9lectoraux, se montraient r\u00e9solument hostiles au malthusianisme, contrairement d\u2019ailleurs aux syndicalistes.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Les deux proph\u00e8tes du \u00ab\u00a0Grand Soir\u00a0\u00bb, Guesde et Lafargue, savaient que Marx s\u2019\u00e9tait prononc\u00e9 contre Malthus\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019essai sur le principe de la population n\u2019est qu\u2019une d\u00e9clamation d\u2019\u00e9colier sur des textes emprunt\u00e9s\u00a0\u00bb, avait d\u00e9clar\u00e9 le Ma\u00eetre. (Plus tard, dans <i>Le Capital<\/i>, il attaquera le principe m\u00eame de la loi de Malthus.) Mais ils n\u2019ignoraient pas non plus que Robin, fid\u00e8le de Bakounine, s\u2019\u00e9tait violemment s\u00e9par\u00e9 de Marx, attitude impardonnable. Il semble cependant que c\u2019est bien par volont\u00e9 de ne faire aucune concession au \u00ab\u00a0r\u00e9visionnisme\u00a0\u00bb et d\u2019exasp\u00e9rer les conflits entre poss\u00e9dants et prol\u00e9taires qu\u2019ils se soient prononc\u00e9s contre Robin. Cette pr\u00e9occupation est clairement exprim\u00e9e dans la conf\u00e9rence prononc\u00e9e \u00e0 Montpellier, en 1909, par un de leurs militants, le docteur Vargas\u00a0:<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Nous ne voulons pas un prol\u00e9tariat plus heureux, des familles ouvri\u00e8res mieux tenues, vivant plus hygi\u00e9niquement, des enfants soustraits aux promiscuit\u00e9s dangereuses, des femmes du peuple qui ne soient plus expos\u00e9es aux dangers des avortements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s\u00a0: nous voulons la suppression du prol\u00e9tariat, de la possibilit\u00e9 m\u00eame d\u2019une existence anti-hygi\u00e9nique pour certaines familles\u00a0; nous voulons que le dilemme atroce \u00ab\u00a0ou ne pas procr\u00e9er, ou exposer ses enfants \u00e0 la faim, \u00e0 la mis\u00e8re et la maladie\u00a0\u00bb ne puisse m\u00eame plus se poser. Et toute th\u00e9orie qui nous propose des am\u00e9liorations \u00e0 un \u00e9tat de choses que nous voulons supprimer et non am\u00e9liorer n\u2019a droit qu\u2019\u00e0 notre hostilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Un tel propos est exactement dans la ligne dure qui fut longtemps celle du Parti ouvrier fran\u00e7ais\u00a0: elle se marque, par exemple, dans l\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 la construction d\u2019habitations \u00e0 bon march\u00e9 par les communes. En conclusion, le docteur Vargas reconnaissait que la doctrine n\u00e9o-malthusienne prenait trop d\u2019importance dans les pr\u00e9occupations des r\u00e9volutionnaires \u2013 ce qui commence \u00e0 \u00eatre vrai \u00e0 cette date \u2013 et qu\u2019il fallait extirper cette \u00ab\u00a0tumeur maligne\u00a0\u00bb. Les pratiques contraceptives ne r\u00e9pondaient qu\u2019\u00e0 des \u00ab\u00a0cas tr\u00e8s sp\u00e9ciaux\u00a0\u00bb et ne m\u00e9ritaient pas qu\u2019on leur pr\u00eat\u00e2t attention.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">L\u00e9on Blum, bien \u00e9loign\u00e9 du sectarisme de Guesde et de Lafargue, n\u2019\u00e9tait cependant pas tr\u00e8s clair dans son ouvrage, <i>Du mariage<\/i>, paru en 1907. Certes, il veut la libert\u00e9 sexuelle pour les jeunes filles mais ne dit rien sur la fa\u00e7on pratique d\u2019en assumer les cons\u00e9quences. Les enfants\u00a0? On n\u2019en aura pas, bien s\u00fbr. Comment\u00a0? Ne parlons pas de ces choses. Le futur chef socialiste ignorait sans doute l\u2019existence de la ligue de Robin\u00a0: il a deux lignes \u00e0 son endroit au sujet de Cernpuis, l\u2019internat mixte, propri\u00e9t\u00e9 du d\u00e9partement de la Seine, que Robin avait dirig\u00e9 pendant pr\u00e8s de quinze ans et o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 le pr\u00e9curseur des \u00ab\u00a0m\u00e9thodes actives\u00a0\u00bb. On aurait pu attendre davantage de pr\u00e9cisions de la part d\u2019un \u00ab\u00a0humaniste\u00a0\u00bb attach\u00e9 \u00e0 faire le bonheur du peuple en dehors de tous les dogmes.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Au sein du mouvement ouvrier, au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, seuls quelques anarchistes suivirent Robin et Humbert en soutenant que la planification sexuelle pouvait contribuer \u00e0 r\u00e9soudre la question sociale. Mais le principal leader fran\u00e7ais des libertaires, Jean Grave, le fid\u00e8le de Kropotkine qui rompit avec Robin \u00e0 cause du malthusianisme, se montre tr\u00e8s critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des militants de <i>R\u00e9g\u00e9n\u00e9ration<\/i>. Les francs-ma\u00e7ons ne les appuy\u00e8rent pas non plus, contrairement \u00e0 une l\u00e9gende tenace. Quelques loges seulement pr\u00eat\u00e8rent leur concours au fr\u00e8re Robin avant que celui-ci ne soit exclu du Grand Orient pour avoir adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 une loge mixte.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le 24 septembre 1911, s\u2019ouvrit \u00e0 Dresde, dans le cadre d\u2019un congr\u00e8s international d\u2019Hygi\u00e8ne, le quatri\u00e8me congr\u00e8s n\u00e9o-malthusien. Il se tint durant trois jours et rassembla de nombreux m\u00e9decins europ\u00e9ens venus jusque de Russie. Nouvellement rendu \u00e0 la libert\u00e9, Humbert n\u2019avait pu y aller.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">G. Giroud pr\u00e9senta le mouvement fran\u00e7ais et signala les pers\u00e9cutions subies par ses militants. L\u2019Allemagne de Guillaume II se montrait beaucoup plus lib\u00e9rale. \u00ab\u00a0Dans un pays monarchique, \u00e9crivit Humbert, dans les locaux d\u2019une exposition patronn\u00e9e par le gouvernement saxon, il a \u00e9t\u00e9 possible de discuter en toute franchise, scientifiquement, les divers points de la doctrine n\u00e9o-malthusienne, d\u2019aborder, notamment, l\u2019\u00e9tude des moyens pratiques de pr\u00e9servation anticonceptionnelle. Tout cela sans soulever le d\u00e9dain, les sarcasmes ou la col\u00e8re des adversaires du n\u00e9o-malthusianisme. La presse allemande a consacr\u00e9 au congr\u00e8s des comptes-rendus s\u00e9rieux, d\u00e9nu\u00e9s d\u2019ironie, de m\u00e9chancet\u00e9, de pruderie et de mouchardage.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Dans le courant de 1912, Humbert a l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er \u00e0 Paris une clinique n\u00e9o-malthusienne m\u00e9dicale et pharmaceutique qui aurait diffus\u00e9 tous les moyens contraceptifs dont on disposait alors, le pr\u00e9servatif masculin en caoutchouc mais aussi les diff\u00e9rents pessaires d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vus en quatre tailles. Il aurait fallu 5000 francs \u2013 260 000 francs actuels \u2013 pour se procurer le local et le stock d\u2019objets, et Humbert n\u2019en recueillit que 263\u2026<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">C\u2019est dans le num\u00e9ro d\u2019octobre 1912 que <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente <\/i>fait part de la mort de Robin. En 1910, la revue <i>Les Hommes du jour<\/i>, sous la signature de Victor M\u00e9ric, lui avait consacr\u00e9 plusieurs pages avec son portrait en couverture, presque un hommage n\u00e9crologique. Anachor\u00e8te de temp\u00e9rament, v\u00e9g\u00e9tarien, anti-alcoolique et non-fumeur, Robin vivait depuis plusieurs ann\u00e9es avec ses souvenirs, la photographie de Varlin \u2013 un h\u00e9ros de la Commune figurant parmi les fondateurs de la Ie Internationale \u2013 toujours sur sa table de travail en bois blanc. Rencontrant un de ses anciens camarades de l\u2019Ecole normale au mois de juillet 1912, il lui avait confi\u00e9 son intention prochaine de se suicider. Ce qu\u2019il fit en s\u2019empoisonnant le 1er septembre. Paul Robin fut incin\u00e9r\u00e9 au columbarium du P\u00e8re-Lachaise. Apr\u00e8s avoir pris sa d\u00e9cision de mourir volontairement, il avait distribue ses livres et ses appareils \u00e0 des groupements capables d\u2019en profiter\u00a0: la CGT h\u00e9rita d\u2019une \u00e9dition de <i>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/i> de Diderot et S\u00e9bastien Faure, d\u2019une petite imprimerie pour les enfants qu\u2019il avait recueillis dans sa fondation de la Ruche.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Comme l\u2019a \u00e9crit son gendre, Gabriel Giroud, \u00ab\u00a0Robin fut le premier parmi les socialistes et les libertaires de toutes les \u00e9coles qui ait indiqu\u00e9 aux prol\u00e9taires la valeur \u00e9mancipatrice, r\u00e9volutionnaire et pacifique \u00e0 la fois, d\u2019un contr\u00f4le sur la natalit\u00e9\u00a0\u00bb. Homme d\u2019action, il a toujours su \u00eatre didactique et pratique\u00a0: Margaret Sanger, qui oeuvrera \u00e0 la lib\u00e9ration des femmes am\u00e9ricaines, saura tirer profit de son exemple.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">D\u00e8s novembre 1912, les prodromes de la guerre se manifestent\u00a0; le lieutenant de r\u00e9serve Charles P\u00e9guy pr\u00e9pare sa cantine avec jubilation tandis qu\u2019Humbert ne croit pas du tout \u00e0 une \u00ab\u00a0juste guerre\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Par milliers et par milliers on tuera des hommes de vingt ans. Le moment serait mal choisi pour faire des enfants\u00a0! Plut\u00f4t que de fournir encore de la chair \u00e0 mitraille, femmes, refusez vos flancs aux f\u00e9condations malheureuses. Que vos \u00e9treintes soient st\u00e9riles\u00a0! Pour protester efficacement contre des criminelles h\u00e9catombes humaines, faites la gr\u00e8ve des ventres\u00a0!\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">De tels blasph\u00e8mes ne peuvent rester impunis. Un mois plus tard, Humbert est de nouveau arr\u00eat\u00e9 et incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la Sant\u00e9 mais cette fois mis au r\u00e9gime de droit commun. Il fallut se battre pour que son \u00e9ni\u00e8me d\u00e9lit de presse le fasse b\u00e9n\u00e9ficier du r\u00e9gime politique. Lors de ce deuxi\u00e8me s\u00e9jour au \u00ab\u00a0paradis de la d\u00e9tention\u00a0\u00bb \u2013 c\u2019est Jeanne qui l\u2019a \u00e9crit \u2013 Humbert rencontra Maurice Pujo, le chef des Camelots du roi, et un jeune homme qui payait de quelques mois de d\u00e9tention le fait d\u2019avoir gifl\u00e9 Aristide Briand avenue des Champs Elys\u00e9es. A cette \u00e9poque \u00e9tonnante, on pouvait encore approcher les hommes politiques.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">L\u2019emprisonnement d\u2019Humbert dura jusqu\u2019en juin 1913 sans que le mouvement en f\u00fbt affect\u00e9. Les conf\u00e9renciers partent en province\u00a0; le journal para\u00eet r\u00e9guli\u00e8rement, des milliers d\u2019exemplaires de propagande sont exp\u00e9di\u00e9s\u00a0; la vente des objets de pr\u00e9servation continue. Rue de la Du\u00e9e, o\u00f9 Jeanne r\u00e9side en permanence, l\u2019absence du patron ne se fait pas sentir tant ses amis et son \u00e9quipe restent fid\u00e8les \u00e0 son esprit.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Profond\u00e9ment hostile au militarisme et \u00e0 la guerre, Humbert savait depuis longtemps la d\u00e9cision qu\u2019il prendrait au cas o\u00f9 celle-ci serait d\u00e9clar\u00e9e. Ni en fait ni par consentement moral, il n\u2019acceptait de participer \u00e0 la tuerie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui se pr\u00e9parait. C\u2019est pourquoi il s\u2019\u00e9tait tr\u00e8s t\u00f4t constitu\u00e9 un petit \u00ab\u00a0tr\u00e9sor de guerre\u00a0\u00bb pour subsister dans le pays \u00e9tranger qu\u2019il choisirait comme refuge en cas de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: il devait en effet rejoindre le fort de Dongermain, sur la fronti\u00e8re lorraine.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Le 30 juillet 1914, en compagnie de Jeanne, Humbert se prom\u00e8ne sur les boulevards, de la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra, m\u00eal\u00e9 \u00e0 une foule compacte qui guettait les ultimes nouvelles internationales aux abords des grands journaux et des \u00e9crans lumineux. De temps \u00e0 autre, retentissaient quelques cris, \u00ab\u00a0A bas la guerre\u00a0\u00bb, vite \u00e9touff\u00e9s sous les coups de matraque des sergents de ville.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Aucun espoir de sursaut populaire n\u2019\u00e9tait plus permis. En rentrant rue de la Du\u00e9e, Humbert dit \u00e0 Jeanne\u00a0: \u00ab\u00a0Je pars demain. Si la guerre \u00e9clate, ce que je crois certain, tous marcheront\u00a0!\u00a0\u00bb Il ne se trompait pas, la d\u00e9route du mouvement ouvrier devant le militarisme fut aussi compl\u00e8te que possible, jamais D\u00e9roul\u00e8de n\u2019en aurait esp\u00e9r\u00e9 tant. Les vestes rouges se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent doubl\u00e9es de tricolore et Jules Guesde devint ministre d\u2019Etat. Les ouvriers fournirent avec enthousiasme la chair \u00e0 canon tandis que les universitaires \u00ab\u00a0socialistes\u00a0\u00bb, pris au pi\u00e8ge de l\u2019histoire \u00e9v\u00e9nementielle qu\u2019ils affectaient nagu\u00e8re de m\u00e9priser, engageaient leur plume au service de la D\u00e9fense nationale aux c\u00f4t\u00e9s de leurs ennemis de la veille, un Barr\u00e9s ou un Bourget.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Humbert exp\u00e9dia le 77e et dernier num\u00e9ro de <i>G\u00e9n\u00e9ration consciente<\/i> \u00e0 ses abonn\u00e9s, il paya les employ\u00e9s et boucla sa valise. Il avait d\u00e9cid\u00e9 de se rendre \u00e0 Barcelone o\u00f9 r\u00e9sidait son ami Luis Bulffi, un Catalan qui dirigeait aussi une revuen\u00e9o-malthusienne, <i>Salud y Fuerza<\/i>, depuis de nombreuses ann\u00e9es. Dans cette ville industrielle, les anarchistes occupaient des positions tr\u00e8s fortes. En cours de voyage, \u00e0 Limoges, Humbert apprit l\u2019assassinat, par un Camelot du roi, du chef du parti socialiste, Jean Jaur\u00e8s, le seul homme qui aurait pu faire reculer la guerre.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\">Jeanne restait \u00e0 Paris avec Eug\u00e9nie de Bast mais il n\u2019\u00e9tait plus question de reprendre l\u2019action n\u00e9o-malthusienne sous quelque forme que ce f\u00fbt. On allait bient\u00f4t donner des permissions aux soldats pour qu\u2019ils accomplissent leur devoir conjugal et leurs unions ne devraient pas \u00eatre st\u00e9riles. Les amis du couple sont partis au front \u2013 tr\u00e8s peu, \u00e0 l\u2019exception de Manuel Devald\u00e8s qui passera en Grande-Bretagne, auront le courage de d\u00e9serter \u2013 ou, comme Almeyreda, ont choisi d\u2019entonner le p\u00e9an de l\u2019Union sacr\u00e9e. Gabriel Giroud, non mobilisable, n\u2019a pas renonc\u00e9 et il attend son heure. A vingt-quatre ans, priv\u00e9e de celui qui avait structur\u00e9 sa vie jusque-l\u00e0 chaotique, Jeanne n\u2019aura de cesse quelle ne le rejoigne. Elle va tr\u00e8s vite s\u2019y risquer.<\/span><\/p>\n<p lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000\"><strong>Roger-Henri Guerrand, Francis Ronsin<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Extrait de Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin, Jeanne Humbert et la lutte pour le contr\u00f4le des naissances, Spartacus, 2001 (1990), pp. 38-54. Source : Indymedia) Au service de la gr\u00e8ve des ventres Durant tout le XIXe si\u00e8cle, les femmes fran\u00e7aises, solidement musel\u00e9es depuis la R\u00e9volution, durent subir les imp\u00e9ratifs d\u2019une morale bourgeoise aussi hostile aux &hellip; <a href=\"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/?p=145\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab Au service de la gr\u00e8ve des ventres \u00bb, par Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":18486,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-145","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/145","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18486"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=145"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/145\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":147,"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/145\/revisions\/147"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=145"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=145"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chairacanon.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=145"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}